L’hypnose en relation d’aide

Pourquoi l’hypnose en thérapie?

Si j’utilise l’hypnose en thérapie c’est parce que je crois qu’elle est un bon complément à l’approche centrée sur la personne de Carl Rogers. Afin que vous puissiez comprendre pourquoi, je vous livre un extrait du livre: L’Homme de Février écrit par Milton H Erickson lui-même et Ernest Lawrence Rossi. Dans cet extrait Milton H Erickson nous précise sa vision de la thérapie dans un échange avec Ernest Lawrence Rossi.

« 

Rossi:

Pouvez-vous nous dire un petit peu plus de cette approche? C’est vraiment un point de vue tout à fait différent sur la thérapie. En général, la plupart des thérapeutes analysent ce qu’ils comprennent à propos du patient et l’expliquent au patient.

Erickson:

Je crois que je vous ai déjà posé cette question: comment passez-vous de cette pièce à une autre?

Rossi:

Eh bien – par toutes sortes de moyens. Je peux sortir par cette fenêtre, aller en Chine et revenir par cette porte. Il y a un nombre infini de chemins possibles. Pourquoi me posez-vous à nouveau cette question?

Erickson:

Parce que les spécialistes ont un mode de pensée tellement rigide.[1]

Rossi:

Oui, et la plus grande partie de la psychothérapie ne se fait que par la parole. La plupart des psychothérapeutes pensent que leur travail consiste à analyser et comprendre ce qui se passe dans la vie du patient afin de pouvoir ensuite dire au patient: « Voici ce qui se produit dans votre vie. » Mais ça ce n’est pas de la thérapie!

Erickson:

Non. La thérapie, c’est amener le patient à se servir de ses propres processus!

Rossi:

La thérapie, c’est amener le patient à se servir de ses propres processus et mécanismes mentaux. Il ne s’agit pas pour le thérapeute d’avoir réponse à tout ni d’être le sage qui comprend le patient et transmet ensuite cette compréhension au patient. Ridicule! Il ne s’agit bien souvent que des préjugés et des projections du thérapeute. Il ne s’agit pas pour le thérapeute de donner sa philosophie du monde au patient.

Erickson:

Chaque individu a un bagage différent.

Rossi:

C’est vrai. Chaque personne a un monde unique et personnel dans lequel elle vit. On ne peut pas demander au patient de rejeter son monde phénoménologique et d’adopter le vôtre. On ne peut que l’aider à travailler dans son monde à lui. Il s’agit là d’un changement de paradigme très important – une façon fondamentalement différente de faire de la thérapie. C’est tellement différent de ce qui se passe dans la vie quotidienne.

Bien des gens intéressés par la psychologie disent: « Oh, j’aime parler avec les autres. Je comprends les autres. Je crois que je vais faire de la psychothérapie parce que les gens aiment me parler et je les comprends. Mais seulement comprendre les autres – comprendre leur schéma de vie – n’est pas suffisant. Nous devons apprendre à susciter des processus qui vont aider les personnes à changer leurs schémas de vie. C’est là l’essence de la psychothérapie. Êtes-vous de cet avis?

Erickson: (Il fait oui de la tête)

Rossi: L’essence de la thérapie est de travailler avec ces processus mentaux. « [2]

C’est donc dans cette vision-là de l’hypnose que je m’inscris.

Erickson est très clair et rejoint entièrement Carl Rogers lorsqu’il nous dit que la thérapie, c’est amener le patient à se servir de ses propres processus. Par les différents types de reformulations, Carl Rogers tente également de permettre au client de récupérer une prise sur ses processus pour s’en servir. Ni l’un, ni l’autre n’ont la prétention de savoir ce dont leur client ou patient pourrait avoir besoin. Erickson le précise d’ailleurs avec force en disant: Il ne s’agit pas pour le thérapeute d’avoir réponse à tout ni d’être le sage qui comprend le patient et transmet ensuite cette compréhension au patient. Ridicule! Il ne s’agit bien souvent que des préjugés et des projections du thérapeute. Il ne s’agit pas pour le thérapeute de donner sa philosophie du monde au patient.

Pour terminer,

je veux mettre en garde les personnes qui souhaitent faire de l’hypnose en pensant que ce sera plus facile et que le praticien a une baguette magique qui va tout résoudre en une séance. Non, l’hypnose ce n’est pas une formule magique. S’il peut arriver que le « résultat » arrive vite, cela ne dépend pas de l’hypnose, mais bien de l’ouverture au changement de la personne.

Cette ouverture au changement fait partie de ces processus mentaux dont parle Erickson. Et parfois, il faut prendre du temps pour s’ouvrir au changement parce que les peurs de l’inconnu sont si fortes. Bien souvent il peut sembler plus rassurant de rester dans ce que l’on connait même si c’est douloureux. Or il faut croire qu’autre chose de moins douloureux est possible pour soi …

Pour conclure,

je vous dirai que j’utilise l’hypnose au service de la relation d’aide lorsqu’il s’avère qu’elle va contribuer à cette ouverture au changement. Mais je suis avant tout psychothérapeute centrée sur la personne.


[1] Voir « Les idées préconçues et limitantes de la plupart des écoles de psychothérapie » dans l’introduction du Tome IV de Erickson, 1980

[2] L’homme de Février : Evolution de la conscience et de l’identité en hypnothérapie, Milton H. Erickson et Ernest Lawrence Rossi, Collection Le Germe, Ed. Satas 2002, Bruxelles